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Se verser un salaire quand on est freelance

Micro-entreprise, SASU, EURL : le montant que vous vous versez change votre fiscalité, vos cotisations et votre trésorerie. Voici comment arbitrer.

5 min de lecture·22 juillet 2026

En micro-entreprise, il n'existe pas de "salaire" au sens strict : 100% du chiffre d'affaires encaissé vous appartient, après abattement fiscal et cotisations URSSAF. En société (SASU, EURL), vous pouvez vous verser une rémunération de dirigeant — et ce choix change radicalement le montant qui atterrit sur votre compte chaque mois, ainsi que ce que vous payez à l'État.

Ce n'est pas une question de préférence. C'est un arbitrage chiffré.

Micro-entreprise : ce que vous touchez vraiment sur 5 000€ facturés

La plupart des freelances en micro-entreprise font le même calcul erroné : ils divisent leur objectif de revenu mensuel par leur taux journalier, sans déduire les cotisations. C'est une erreur qui coûte cher.

En prestation de services BIC (la catégorie de la majorité des freelances tech, conseil, marketing), le taux de cotisations URSSAF est de 21,2% du chiffre d'affaires (barème 2024). Sur 5 000€ facturés, 1 060€ partent en cotisations avant même l'impôt sur le revenu. Il reste 3 940€ brut fiscal.

L'impôt sur le revenu s'applique ensuite sur une base réduite par l'abattement forfaitaire de 34% (prestations de services BIC). Ce qui signifie que 5 000€ de CA génèrent 3 300€ de revenu imposable. Selon votre tranche marginale, la ponction supplémentaire varie de 0% à 45%.

Un freelance célibataire sans enfant, avec 5 000€ de CA mensuel constant (60 000€/an), se retrouve en tranche à 30% sur une partie de ses revenus. Net réel après cotisations et impôt : entre 3 100€ et 3 400€ selon la situation. Pas 5 000€. Pas même 4 000€.

SASU ou EURL : le vrai coût d'un salaire de dirigeant

En société, vous choisissez entre deux mécanismes : vous verser un salaire de dirigeant, ou vous distribuer des dividendes. Ce sont deux lignes de trésorerie très différentes.

Un salaire de dirigeant en SASU déclenche des charges sociales patronales et salariales. Le coût total employeur tourne autour de 80 à 85% du salaire net pour un dirigeant assimilé salarié (régime général). Autrement dit : pour vous verser 3 000€ net, votre société dépense environ 5 400€ à 5 500€ en coût total. C'est lourd. Mais ce salaire est déductible du résultat de la société, ce qui réduit l'impôt sur les sociétés (IS) à payer.

En EURL à l'IS avec gérant majoritaire, le régime TNS (travailleur non salarié) s'applique. Les cotisations sociales représentent environ 40 à 45% de la rémunération nette — moins qu'en SASU, mais la protection sociale est moins étendue (pas d'assurance chômage, retraite complémentaire plus faible).

Le piège classique : se verser un salaire trop élevé en début d'activité en société, vider la trésorerie, et se retrouver incapable de payer les charges sociales de l'année suivante — qui sont régularisées avec un décalage de 12 à 18 mois.

Dividendes vs salaire : l'arbitrage que personne ne fait correctement

Les dividendes semblent attractifs sur le papier. En SASU, ils sont soumis à la flat tax de 30% (prélèvement forfaitaire unique, PFU — art. 200 A CGI), contre des charges sociales bien plus lourdes sur le salaire. Mais cette comparaison est trompeuse si on ne regarde pas l'ensemble.

Un dividende n'est pas déductible du résultat de la société. Il est distribué après IS (taux normal à 25%, ou taux réduit à 15% sur les 42 500 premiers euros de bénéfice pour les PME éligibles — art. 219 I b CGI). Résultat : sur 10 000€ de bénéfice, la société paie 2 500€ d'IS, puis vous distribuez 7 500€ sur lesquels vous payez 30% de flat tax, soit 2 250€. Il vous reste 5 250€. Taux effectif global : 47,5%.

Sur un salaire équivalent en SASU, le coût total est plus élevé en charges sociales, mais le salaire est déductible — ce qui réduit la base IS. L'arbitrage dépend de votre niveau de rémunération, du résultat de la société, et de votre situation personnelle.

Il n'y a pas de réponse universelle. Mais il y a une réponse pour votre situation — et elle se calcule, pas se devine.

Si vous suivez la rentabilité de vos missions pour savoir ce que vous pouvez réellement vous verser chaque mois, un outil comme [enotae.fr](https://enotae.fr) permet de visualiser le résultat réel par mission, pas seulement le CA encaissé.

Ce que vous devez provisionner avant de vous payer

  • L'IS sur le bénéfice annuel (25% ou 15% selon le cas)
  • La TVA collectée à reverser (si vous êtes assujetti)
  • Les charges sociales de l'exercice suivant (régularisation TNS ou cotisations patronales)

Le bon niveau de rémunération selon votre structure

Il n'existe pas de "bon salaire" absolu pour un freelance. Il existe un niveau de rémunération cohérent avec votre structure, votre CA, et vos objectifs.

En micro-entreprise sous 77 700€ de CA annuel (seuil 2024 pour les prestations de services), rester en micro est dans la grande majorité des cas le choix le plus simple et le moins coûteux. Les charges de gestion d'une société (comptable, frais de dépôt, etc.) représentent entre 2 000€ et 5 000€/an — un coût fixe que la micro-entreprise n'a pas.

Au-delà de 80 000 à 100 000€ de CA annuel, la question de la société se pose sérieusement. Non pas parce que la micro-entreprise est "interdite" à ce niveau, mais parce que l'optimisation fiscale devient possible et que les charges sociales en micro (21,2% du CA brut) deviennent moins compétitives que le régime TNS en EURL ou le salaire en SASU avec déduction des frais réels.

Pour fixer un TJM cohérent avec votre objectif de rémunération nette, le calcul doit intégrer les jours non facturables (congés, formation, prospection, administration). Un freelance qui travaille 220 jours par an en facture rarement plus de 160 à 180. Partir de 20 jours facturables par mois est une hypothèse optimiste que la réalité corrige vite.

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