Freelance : combien garder sur son compte pro ?
Provisions URSSAF, impôt, matelas de sécurité : calculez exactement ce que vous devez bloquer sur votre compte pro selon votre CA réel.
Un freelance sur trois se retrouve à découvert le mois de son acompte provisionnel. Pas parce qu'il gagne mal sa vie — parce qu'il n'a jamais calculé précisément ce qu'il devait bloquer sur son compte pro. La différence entre ce qui entre et ce qui vous appartient vraiment peut dépasser 40% de votre chiffre d'affaires.
Ce guide produit un chiffre. Pas un barème général : votre montant à provisionner, selon votre régime et votre CA réel.
Le plancher incompressible : URSSAF + impôt, calculés ensemble
En micro-entreprise, les cotisations sociales s'appliquent sur le chiffre d'affaires brut, pas sur le bénéfice. Pour une activité de prestation de services (BNC ou BIC selon votre code APE), le taux est de 21,2% du CA encaissé (URSSAF, barème 2024). Pas de déduction de charges, pas d'abattement avant calcul : chaque euro facturé génère immédiatement une dette sociale.
L'impôt sur le revenu s'ajoute par-dessus. Si vous avez opté pour le versement libératoire, c'est 2,2% du CA pour les BNC (barème 2024). Sinon, votre bénéfice imposable est calculé après abattement forfaitaire de 34% (BNC) ou 50% (BIC), puis soumis au barème progressif — ce qui rend la provision plus difficile à anticiper sans simulation.
Résultat brut pour un freelance BNC sans versement libératoire, à 30% de TMI : sur 5 000€ de CA mensuel, environ 1 060€ partent en URSSAF, et entre 700€ et 900€ en impôt selon la situation familiale. Soit un plancher de provision de 35 à 40% du CA avant même de parler de matelas de sécurité.
Ce que les simulateurs oublient : le matelas de sécurité non négociable
La quasi-totalité des articles sur le sujet s'arrêtent aux cotisations et à l'impôt. C'est une erreur de pilotage.
Un freelance avec des revenus irréguliers doit maintenir sur son compte pro une réserve de fonctionnement distincte des provisions fiscales. La règle empirique la plus solide : 3 mois de charges fixes personnelles, hors impôt et URSSAF. Loyer, alimentation, abonnements, transport. Pas 1 mois — 3. Parce qu'une mission qui tombe, un client qui paie à 60 jours, un arrêt maladie sans indemnités immédiates : ces situations arrivent, et elles arrivent rarement seules.
Ce matelas ne doit pas être confondu avec vos provisions fiscales. Ce sont deux enveloppes séparées, idéalement dans deux sous-comptes distincts. L'une est une dette (vous la devrez à l'État), l'autre est une assurance (elle vous appartient, mais ne se touche pas).
En pratique, si vos charges fixes personnelles s'élèvent à 2 000€/mois, vous devez maintenir 6 000€ intouchables sur votre compte pro — ou sur un livret dédié. Ce chiffre ne bouge pas selon votre CA du mois. Il est fixe, comme une ligne rouge.
Calculer sa provision mois par mois : la méthode en trois lignes
Voici la mécanique exacte, applicable dès ce mois-ci.
Étape 1 — Isoler les cotisations sociales. Multipliez chaque encaissement par 21,2% (BNC/BIC services, 2024). Virez ce montant dans un sous-compte dès réception du paiement. Pas en fin de mois : dès réception.
Étape 2 — Provisionner l'impôt. Si vous êtes au versement libératoire : 2,2% du CA (BNC). Sinon, provisionnez entre 10% et 20% du CA selon votre tranche marginale estimée — et ajustez en cours d'année si votre CA décolle. Un freelance qui passe de 30 000€ à 50 000€ de CA annuel change de tranche : sa provision impôt doit suivre.
Étape 3 — Ne pas toucher au matelas. Tout ce qui reste après provisions fiscales et matelas de sécurité est votre revenu disponible réel. C'est ce chiffre — et seulement celui-là — qui doit guider vos décisions de dépenses personnelles.
Sur 5 000€ de CA : 1 060€ URSSAF + 500€ impôt estimé + 0€ (matelas déjà constitué) = 3 440€ disponibles. Pas 5 000€. Pas 4 000€. 3 440€.
Quand votre CA varie : ajuster sans se perdre
Les mois à 8 000€ de CA ne compensent pas les mois à 1 500€ si vous avez dépensé les provisions du bon mois. C'est le piège classique de la première année.
La bonne pratique : calculer une moyenne glissante sur 3 mois et ajuster votre provision en conséquence. Si votre CA moyen sur les 3 derniers mois est de 4 000€, provisionnez sur cette base — même si ce mois vous avez encaissé 6 500€. L'excédent alimente le matelas ou un livret, pas les dépenses courantes.
Pour les freelances qui fixent leur TJM, cette logique remonte jusqu'à la négociation commerciale. Un TJM calculé uniquement sur le revenu net souhaité divisé par 20 jours est presque toujours sous-évalué. Il faut intégrer les jours non facturables (prospection, admin, congés, maladie) — en réalité, un freelance facture rarement plus de 15 à 17 jours par mois sur la durée. Si vous formalisez un contrat de mission, c'est aussi le moment de vérifier que vos conditions de paiement protègent votre trésorerie : [Contracto](https://contracto.fr) permet de sécuriser ces clauses avant de signer.
Les mois creux ne sont pas des accidents. Ils font partie du modèle. Les provisionner à l'avance, c'est la seule façon de ne pas les subir.
Le seuil à ne jamais franchir : quand le compte pro devient dangereux
Il y a un signal d'alarme que peu de freelances identifient à temps : quand le solde du compte pro descend sous le montant des provisions dues.
Si vous avez encaissé 15 000€ sur le trimestre et que votre compte affiche 3 000€ à la date d'échéance URSSAF, vous êtes en déficit de provision — même si vous n'avez rien dépensé d'extravagant. Cela arrive quand les provisions ne sont pas isolées dès l'encaissement.
Le seuil minimal absolu à maintenir sur le compte pro à tout moment : provisions fiscales dues + matelas de sécurité. En dessous, vous êtes techniquement en train de dépenser de l'argent qui ne vous appartient pas.
Pour les factures émises, la numérotation et la conformité comptable sont aussi des points de friction fréquents en cas de contrôle. [e-notae](https://enotae.fr) génère des factures conformes sans inscription, ce qui évite les erreurs de séquence qui compliquent les déclarations URSSAF.
Un compte pro sain, c'est un compte où vous savez à tout moment quelle part du solde est disponible et quelle part est déjà fléchée. Sans cette visibilité, même un bon mois peut masquer une situation fragile.
Calculer ses provisions à la main, c'est faisable — mais une erreur de tranche ou un mois oublié suffit à déséquilibrer toute l'année. Setvero simule votre provision exacte selon votre CA réel, votre régime et votre situation fiscale.
Provisions URSSAF, impôt, matelas de sécurité : calculez exactement ce que vous devez bloquer sur votre compte pro selon votre CA réel.
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